Un client m'a appelé un 15 août, paniqué, parce qu'il avait calé une livraison à Stuttgart le jour même. Personne au bout du fil. Aucun accès au quai. Il avait pourtant vérifié : en France, le 15 août est férié, donc forcément en Allemagne aussi, non ? Non. En Allemagne, le 15 août (Mariä Himmelfahrt) n'est férié que dans deux Länder sur seize, et le Bade-Wurtemberg n'en fait pas partie. Sa marchandise a attendu 48 heures dans un entrepôt de la périphérie.
Voilà pourquoi je me méfie des listes de jours fériés allemands qu'on trouve en trois secondes sur Google. Elles donnent l'illusion qu'il existe un calendrier national unique. Il n'y en a pas. L'Allemagne fonctionne avec un socle commun de 9 jours fériés fédéraux auxquels chaque Land ajoute les siens, ce qui fait grimper le total jusqu'à 13 dans certains cas. Entre le nord et le sud, l'écart peut atteindre presque une semaine ouvrée par an.
Points clés à retenir
- 9 jours fériés sont communs à tous les Länder. Le reste dépend entièrement du Land où vous vous trouvez.
- Le nombre total varie de 9 à 13 jours selon le territoire.
- La Bavière et le Bade-Wurtemberg sont les mieux lotis ; Berlin et le Schleswig-Holstein, les moins.
- Un jour férié qui tombe un week-end n'est jamais reporté en Allemagne. Perdu, point.
- Le 3 octobre (Jour de l'Unité allemande) est le seul férié créé par le gouvernement fédéral.
Combien de jours fériés compte réellement l'Allemagne ?
La réponse courte : entre 9 et 13. La réponse honnête : ça dépend de l'endroit exact où vous posez vos valises, et même de la ville. Prenons un exemple bête. Vous habitez Fribourg-en-Brisgau, à la lisière du Bade-Wurtemberg. Vous avez droit à l'Épiphanie, à la Fête-Dieu et à la Toussaint en plus du socle commun. Votre cousin qui vit à Mayence, à moins de deux heures de route, n'en a aucun des trois. Même pays, même employeur potentiel, trois jours de congé d'écart.
Les neuf jours que tout le monde a
Ces jours-là, les seize Länder s'alignent. Personne n'y échappe :
- Jour de l'An (Neujahr), le 1er janvier
- Vendredi saint (Karfreitag)
- Lundi de Pâques (Ostermontag)
- Fête du Travail (Tag der Arbeit), le 1er mai
- Ascension (Christi Himmelfahrt), 39 jours après Pâques
- Lundi de Pentecôte (Pfingstmontag)
- Jour de l'Unité allemande (Tag der Deutschen Einheit), le 3 octobre
- Premier jour de Noël, le 25 décembre
- Deuxième jour de Noël, le 26 décembre
Deux remarques que les listes oublient systématiquement. D'abord, Pâques est une fête mobile : le Vendredi saint, le lundi de Pâques et l'Ascension se déplacent chaque année, et parfois sur plusieurs semaines. Ensuite, le 26 décembre n'est pas un « Boxing Day » à l'anglaise. C'est le Zweiter Weihnachtstag, un jour férié à part entière, chômé comme le 25.
Pourquoi certains Länder en ont plus que d'autres
Tout remonte à la manière dont l'Allemagne s'est construite. Les jours fériés ne relèvent pas du gouvernement fédéral, sauf exception. Ils dépendent de la Länderkompetenz, la compétence des Länder. Et ces derniers ont chacun leur histoire religieuse. Les régions catholiques du sud et de l'ouest ont gardé les fêtes du calendrier liturgique : Épiphanie, Fête-Dieu, Assomption, Toussaint. Les régions protestantes du nord et de l'est les ont abandonnées depuis longtemps.
Résultat : un pays qui, sur le papier, a une seule administration du travail, mais huit calendriers scolaires et une bonne dizaine de calendriers de jours fériés différents.
Le tableau qu'aucune liste ne vous donne
J'ai reconstitué ce comparatif à partir de plusieurs sources officielles de Länder, et je vous le dis franchement : les totaux ne sont pas stables dans le temps. Le Brandebourg a ajouté la Pentecôte il y a quelques années, puis l'a retirée. Berlin a fait de même avec le 8 mars. Donc vérifiez toujours l'année en cours.
| Land | Nombre total | Jours supplémentaires |
|---|---|---|
| Bavière (BY) | 13 | Épiphanie, Fête-Dieu, Toussaint, Assomption (selon commune) |
| Bade-Wurtemberg (BW) | 12 | Épiphanie, Fête-Dieu, Toussaint |
| Sarre (SL) | 12 | Épiphanie, Fête-Dieu, Assomption, Toussaint |
| Rhénanie-du-Nord-Westphalie (NW) | 11 | Fête-Dieu, Toussaint |
| Rhénanie-Palatinat (RP) | 11 | Fête-Dieu, Toussaint |
| Hesse (HE) | 10 | Fête-Dieu |
| Saxe (SN) | 11 | Fête de la Réformation |
| Berlin (BE) | 10 | 8 mars (Journée internationale des femmes) |
| Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (MV) | 10 | Fête de la Réformation |
| Schleswig-Holstein (SH) | 9 | Aucun |
Ce tableau vous montre quelque chose d'important : le Bade-Wurtemberg et la Sarre culminent souvent à 12 jours, tandis que Berlin, Hambourg, Brême, Basse-Saxe et le Schleswig-Holstein plafonnent à 9 ou 10. Si vous gérez une équipe répartie sur plusieurs Länder, vous n'avez pas un calendrier. Vous en avez une demi-douzaine.
À quoi ressemble le calendrier allemand en 2026 ?
Pour 2026, le socle commun s'étale ainsi : 1er janvier, puis le bloc de Pâques début avril, le 1er mai, l'Ascension à la mi-mai, la Pentecôte fin mai, le 3 octobre et le duo de Noël. Notez que le Vendredi saint et le lundi de Pâques tombent début avril cette année-là. Ce n'est pas toujours le cas. Une année, Pâques peut tomber fin mars, une autre à la fin avril. Trois semaines de décalage, ce n'est pas rien quand vous planifiez une tournée commerciale.
Trois questions qu'on me pose tout le temps
Elles reviennent toutes les semaines dans les e-mails de clients français qui travaillent avec l'Allemagne. Je les traite ici parce que les réponses sont contre-intuitives.
Qu'est-ce qui est férié en Allemagne aujourd'hui ?
Réponse honnête : impossible de répondre sans savoir dans quel Land vous êtes. Si vous êtes un jour de semaine ordinaire, la réponse est presque toujours « rien ». La grande majorité des jours de l'année sont travaillés dans toute l'Allemagne. Les différenciateurs, ce sont ces fameux jours régionaux : le 6 janvier (Épiphanie) n'est férié qu'en Bade-Wurtemberg, Bavière et Saxe-Anhalt. Le 4 juin, par exemple, n'est férié nulle part en Allemagne — sauf si l'anniversaire mobile de la Fête-Dieu tombe cette date-là, ce qui arrive certaines années, et uniquement dans les Länder catholiques concernés.
Les jours fériés qui tombent un dimanche sont-ils reportés ?
Non. Et c'est une différence majeure avec beaucoup de pays. En Allemagne, aucune loi ne reporte un jour férié qui tombe un samedi ou un dimanche. Il est simplement « perdu ». Un 1er mai qui tombe un dimanche, c'est un jour de congé en moins dans l'année pour tout le monde. Cruel, mais c'est le droit.
Que se passe-t-il si je dois travailler un jour férié ?
Là, ça devient intéressant. Le travail les jours fériés est en principe interdit par la loi sur le temps de travail (Arbeitszeitgesetz), sauf pour certaines activités — hôpitaux, restauration, transports, sécurité. Si vous êtes concerné et que vous travaillez malgré tout, vous avez droit soit à une compensation en temps, soit à une majoration salariale. Les majorations varient selon les conventions collectives : comptez généralement entre 50 % et 150 % du salaire normal, selon le jour et le secteur. Un 1er mai ou un 25 décembre rapporte plus qu'un jour férié ordinaire.
Les pièges concrets que j'ai vus coûter cher
Trois scènes vécues, pour illustrer pourquoi la théorie ne suffit pas.
Le salarié qui déménage et qui perd deux jours
Une cliente avait embauché un développeur à Leipzig, puis l'avait transféré à Munich en gardant le même contrat. Personne n'a pensé aux jours fériés. Le gars s'est retrouvé à travailler l'Épiphanie et la Toussaint sans compensation, parce que son contrat ne le prévoyait pas. Deux jours ouvrés de flou juridique. On a réglé ça après coup, mais ça a coûté une prime exceptionnelle et pas mal de tension.
Le lundi de Pentecôte qui n'est pas chômé partout
En France, on a ce truc bizarre de la Pentecôte travaillée selon les accords d'entreprise. En Allemagne, le lundi de Pentecôte est férié dans les seize Länder, sans exception. C'est même l'un des neuf jours du socle fédéral. Ça surprend les Français, qui imaginent que c'est une exception hexagonale.
Le 8 mars, férié mais pas partout
Berlin a introduit la Journée internationale des femmes comme jour férié il y a quelques années. Une avancée locale, pas nationale. Vous êtes à Berlin le 8 mars ? Tout est fermé. Vous êtes à Potsdam, à une demi-heure de train ? Tout est ouvert. Cela a créé un vrai casse-tête pour les entreprises ayant des bureaux dans les deux villes.
Comment s'y retrouver sans y passer vos soirées
Trois règles simples que j'applique désormais.
- Vérifiez toujours par Land, jamais par pays. Tapez « Feiertage + nom du Land + année » dans votre moteur de recherche, pas « Feiertage Deutschland ».
- Vérifiez l'année. Les calendriers changent, la liste que vous avez sauvegardée il y a trois ans est peut-être périmée.
- Croisez systématiquement avec une source officielle de Land, pas avec un blog de RH.
Et un conseil que je donne à tous les chefs de projet qui pilotent une équipe franco-allemande : construisez votre propre calendrier de référence au début de chaque année, avec les jours de chaque personne par Land. Ça prend une heure. Ça évite les 48 heures d'entreposage que mon client a payées un 15 août.
Une dernière chose reste vraie, et c'est peut-être la plus étonnante : malgré ses seize calendriers et ses règles byzantines, l'Allemagne offre en moyenne plus de jours fériés que la France. Neuf à treize contre onze chez nous. Mais comme ils ne sont jamais reportés et jamais compensés, le sentiment de « jours volés » y est bien plus fort. Le nombre, ce n'est pas tout. Ce qui compte, c'est de savoir quand ils tombent.